Le Tronchet

Eglise et Abbaye (XVII° siècle) :
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| Nous nous arrêtâmes pour dîner à une abbaye de
bénédictins, qui, faute d'un nombre suffisant de moines, venait d'être réunie à un
chef-lieu de l'ordre. Nous n'y trouvâmes que le père procureur, chargé de la
disposition des biens, meubles et exploitation des futaies. Il nous fit servir un
excellent dîner maigre, à l'ancienne bibliothèque du prieur : nous mangeâmes
quantité d'ufs frais, avec des carpes et des broches énormes. A travers l'arcade
d'un cloître, je voyais de grands sycomores, qui bordaient un étang. La cognée les
frappait au pied, leur cime tremblait dans l'air, et ils tombaient pour nous servir de
spectacle. Des charpentiers, venus de Saint-Malo, sciaient à terre des branches vertes,
comme on coupe une jeune chevelure, ou équarrissaient des troncs abattus. Mon cur
saignait à la vue de ces forêts ébréchées et ce monastère déshabité. Le sac
général des maisons religieuses m'a rappelé depuis le dépouillement de l'abbaye, qui
en fut pour moi le pronostic. Chateaubriand, "Les Mémoires d'Outre-Tombe" |
Le Cloître (XVII° siècle) :
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| Plus notre cur est tumultueux et bruyant, plus le
calme et le silence nous attire. Ces hospices de mon pays, ouverts aux malheureux et aux
faibles, sont souvent cachés dans des vallons qui portent au cur le vague sentiment
de l'infortune et de l'espérance d'un abri ; quelquefois aussi on les découvre sur
de hauts sites, où l'âme religieuse, comme une planté des montagnes, semble s'élever
vers le ciel pour lui offrir ses parfums. Je vois encore le mélange majestueux des eaux
et des bois de cette antique abbaye, où je pensais dérober ma vie aux caprices du
sort ; j'erre encore, au déclin du jour, dans ces cloîtres retentissants et
solitaires. Lorsque la lune éclairait à demi les piliers des arcades, et dessinait leur
ombre sur le mur opposé, je m'arrêtait à contempler la croix qui marquait le champs de
la mort, et les longues herbes qui croissaient entre les pierres des tombes. O homme qui,
ayant vécu loin du monde, avez passé du silence de la vie au silence de la mort, de quel
dégoût de la terre vos tombeaux ne remplissaient-ils point mon cur ! Chateaubriand, "René" |