Dol : le centre historique...
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La cathédrale, ... visite guidée avec Chateaubriand !
| On ne pouvait entrer dans une église gothique sans
éprouver une sorte de frissonnement et un sentiment vague de la Divinité. On se trouvait tout à coup reporté à ces temps où les
cénobites, après avoir médité dans les bois de leurs monastères, se venaient
prosterner à l'autel, et chanter les louanges du Seigneur dans le calme et le silence de
la nuit. L'ancienne France semblait revivre : on croyait voir ces costumes
singuliers, ce peuple si différent de ce qu'il est aujourd'hui ; on se rappelait et
les révolutions de ce peuple, et ses travaux et ses arts. Plus ces temps étaient
éloignés de nous, plus ils nous paraissaient magiques, plus ils nous remplissaient de
ces pensées qui finissent toujours par une réflexion sur le néant de l'homme et la
rapidité de la vie. L'ordre gothique, au milieu de ses proportions barbares, a toutefois
une beauté qui lui est particulière. Les forêts ont été les premiers temples de la Divinité, et les hommes ont pris dans les forêts la première idée de l'architecture... Les forêts des Gaules ont passé à leur tour dans les temples de nos pères, et nos bois de chênes ont ainsi maintenu leur origine sacrée. Ces voûtes ciselées en feuillages, ces jambages, qui appuient les murs et finissent brusquement comme des troncs brisés, la fraîcheur des voûtes, les ténèbres du sanctuaire, les ailes obscures, les passages secrets, les portes abaissées, tout retrace les labyrinthes des bois dans l'église gothique ; tout en fait sentir la religieuse horreur, les mystères de la divinité. Les deux tours hautaines plantées à l'entrée de l'édifice surmontent les ormes et les ifs du cimetière, et font un effet pittoresque sur l'azur du ciel. Tantôt le jour naissant illumine leurs têtes jumelles, tantôt elles paraissent couronnées d'un chapiteau de nuages, ou grossies dans une atmosphère vaporeuse. Les oiseaux eux-mêmes semblent s'y méprendre et les adopter pour les arbres de leurs forêts : des corneilles voltigent autour de leurs faîtes et se perchent sur leurs galeries. Mais, tout à coup, des rumeurs confuses s'échappent de la cime et de ces tours et en chassent les oiseaux effrayés. L'architecte chrétien, non content de bâtir des forêts, a voulu, pour ainsi dire, en imiter les murmures, et au moyen de l'orgue et du bronze suspendu il a attaché au temple gothique jusqu'au bruit des vents et des tonnerres, qui roule dans la profondeur des bois. Les siècles évoqués par ces sons religieux, font sortir leurs antiques voix du sein des pierres, et soupirent dans la vaste basilique : le sanctuaire mugit comme l'antre de l'ancienne Sibylle ; et, tandis que l'airain se balance avec fracas sur notre tête, les souterrains voûtés de la mort se taisent profondément sous vos pieds. Chateaubriand, Le Génie du Christianisme |